July 03
Digne et déracinée
de sa hargne harassée
cruauté calcinée
s'est perdue dépassée
La douleur enlassée
son insigne est saignée
de mémoire amassée
s'est rendue dédaignée
dans la forme affinée
de cette aube ébauchée
sa veine est avinée
la chouette épanchée
La vie vole évasée
dans l'âme est amenée
la belle ombre embrasée
l'aurore est ramenée
D'amour est dessinée
si triste et terrassée
digne et prédestinée
la poésie passée...

Daniel La Chouette 
July 02
Photo de Alban
Eclaboussure
une blessure
ensanglantée
l'âme blessée
ne se rassure
et meurtrissure
est si profonde
il n'est de sonde
qui transfigure
en bonne augure
au coeur meurtri
l'esprit pétri
de la morsure
et se fissure
à se morfondre
où à se fondre...
Et la nuit dure
couvre de bure
l'ange blessé
tant délaissé
De l'aventure
en pourriture
il faut sortir
et démentir
la peine mûre
qui défigure
et croire au Moi
feutrer l'émoi
dans l'âme pure
ôter l'augure
et l'oublier
se délier
Il n'est de cure
qui ne soit sûre
il faut s'ouvrir
et découvrir
Faire censure
en Epicure
vivre sa vie
goûter l'envie !
A toutes les âmes meurtries de tant de blessures...
Daniel La Chouette 
July 01
En l'aube se détache
un si curieux soleil
esseulé sans attache
autre que son beau ciel
Il écoute en silence
une pensée vermeille
étonné se balance
en y goûtant le miel
Tout le jour il s'allonge
et s'éteint dans le sang
puis dans la nuit se plonge
absent du nouveau rang
qui l'inquiète et l'étonne
il frissonne et pourtant
quand il gronde ou qu'il tonne
il est souvent content
Car enfin dans la brume
et l'aurore incertaine
il est derrière et fume
en son humeur hautaine
Mais jamais ne chantonne
et reste très prudent
quand rougeaud il détonne
et de son ton mordant
rejaillit la chaleur
en sa morne dorure
il oublie la pâleur
en sublime parure
et se lance en romance
avec un arc-en-ciel
car si beau se compense
et jamais ne sommeille
Il est l'immense tache
éclairant tout le ciel
et jamais ne se fâche
un si curieux soleil
Daniel La Chouette 
June 30
Mais vous rappelez-vous ?
Car il est dit toujours
ni le moi ni le nous
c'est un autre en ces jours
Mais c'est pourtant le soi
cet ami le meilleur
c'est ainsi qu'on se leurre
sur notre bonne foi
et même avec orgueil
chez le voisin on voit
la poutre dans son oeil
mais ça, qui le conçoit ?
Quand parfois on se noie
cherchant une oraison
contre l'autre on aboie
mais visant sans raison
C'est la faute à ceci
à cela peu importe
on maquille un souci
que l'on change de porte
Ce n'est toujours le cas
mais ne sont des secrets
il s'agit de tracas
qu'on ne voit qu'en reflets
car si profonds en soi
comme en autant de ronces
où si faible est le moi
qui n'écoute ou n'annonce
Il est si difficile
et parfois impossible
en trouvant le facile
de chercher la vraie cible
Mais au fil de ces jours
et de ce moi au nous
sont des pertes d'amours
et vous rappelez-vous ?
Daniel La Chouette 
June 29
Il est des mots tels qu'on les pense
échos lointains de cette enfance
et jaillissant d'une fontaine
à l'eau très pure et tant sereine
en l'âme émue qui sans défense
a retenu la fraîche veine
où tous les rêves en fredaine
s'ornaient d'une douce élégance
et puis le temps dans son ouvrage
a patiné ce bel usage
et traversé tous ces orages
égrené la vie d'âge en âge
Car ces mots tombés en naufrage
ont des accents un peu sauvages
éternisés dans un nuage
et n'ont de sens en vieille page
Il est des mots qui sans offense
ont des vertus d'une romance
au goût suranné d'ignorance
au ton fatigué de l'errance
à nu, blessés et sans défense
qu'ils aient vécu dans la démence
ou dans la luxure ou la chance
ils trouveront la délivrance...
Daniel La Chouette 